Zentai: fetish-art à la mode?Depuis l'arrivée fracassante de Zentai Woman sur le net, le Zentai s'est imposé comme la curiosité de l'année. Difficile d'imaginer que ces costumes ultra-moulants, qui couvrent le corps entier, allaient susciter un tel engouement! Le phénomène débarque évidemment du japon, où ces drôles de vêtements étaient avant tout utilisés comme accessoires pour dissimuler les marionnettistes des « bunraku ». Ces zenshin taitsu (« collant de la tête au pied »), sont en passe de devenir cultes, zigzaguent de l'art au fétichisme, en passant par le cosplay. L'occasion pour nous de jeter un oeil sur deux figures radicalement opposées...
Bonjour? Vous êtes?
Joanneke Meester, artiste hollandaise, est diplômée de l'Academy of fine arts et du Sandberg Institute. Elle enchaîne les expos depuis 1992 un peu partout aux Pays-Bas et en Europe.
Marcy Anarchy, de son pseudonyme, est reponsable du site Tight Fit Life, l'un des plus gros sites consacré au zentai.
Ce qu'ils en font:
Joanneke Meester: entre 2002 et 2004, elle réalise un certaine nombre de vidéos mettant en scène des poupées vivantes. Les acteurs, « emballés » d'une combinaison blanche en laine, couvrant pieds, mains et visage, posent avec leur vêtements habituels en plein pique nique, devant un garage, où dans la forêt.
Marcy Anarchy: une orgie de photos de femmes fluo (ou multicolores) se retrouvent dans des poses plus ou moins suggestives, avec ou sans vêtements supplémentaires. Les décors kitschs transpirent le film amataeur et les amateurs de lycra et spandex sont ravis.
Zentai: fetish-art à la mode?
(Joanneke Meester)
Zentai: fetish-art à la mode?
(Marcy Anarchy)
Pourquoi?
Joanneke Meester: Peut être pour observer le comportement humain à distance? La puissance de ces images relève certainement de ce conflit entre l'humanité reconnaissable et l'anonymat total. On ne peut s'empêcher de condiséder les personnages que comme des coquilles vides, et c'est l'environnement entier que l'on vient à remettre en question... Est-il vraiment réel?
Marcy Anarchy: En se rendant anonyme, Marcy met en avant son corps à tel point qu'il en devient le centre d'attention... Les postures, les habits, les lieux prennent une tout autre dimension, censée susciter le fantasme. C'est presque une invitation à rejoindre le groupe d'initiés qui ressort de ces clichés. Pour le reste, on a plus l'impression d'assister à un télé-shopping de la quatrième dimension, assurant la promo des derniers modèles léopards.
C'est grave docteur?
Joanneke Meester: Pas vraiment. L'artiste n'est pas la première à traiter la notion de l'anonymat et de la perte de l'identité. Pour le coup, le spectateur ne reste pas insensible: les formes humaines sont à la fois intrigantes et dérangeantes. Le zentai reste un accessoire très probant, au coeur de la démarche.
Marcy Anarchy: A voir... Dans ce cas, le zentai semble être une manière d'exprimer son exhibitionnisme de manière anonyme... Dans d'autres, il s'agira d'apprécier l'effet « seconde peau » à son paroxysme. Entre découverte sensorielle et pratiques sexuelles débridées, il serait hasardeux de trancher, mais aberrant de ne pas parler de fétichisme.
Zentai: fetish-art à la mode?
(Joanneke Meester)
Zentai: fetish-art à la mode?
(Marcy Anarchy)
Et c'est tout?
Joanneke Meester: après avoir réalisé un pistolet de peau d'abdomen (forcément éphémère), elle bascule sur les poupées torturées (de cire ou de peau), et sur des mèches de cheveux en sachets pour le moins ragoûtantes.
Marcy Anarchy: le zentai a vite fait de déraper en orgie frotti-frotta de groupe, ou en shows de poupées-mangas qui ferait fantasmer n'importe quel otaku ayant forcé sur le Loli-con.
Zentai: fetish-art à la mode?
(Joanneke Meester)
Zentai: fetish-art à la mode?
(Marcy Anarchy)
Comme quoi, si vous n'assumez pas vos fétiches, vous pourrez toujours justifier vos hobbies et vous planquer derrière une démarche artistique...