Web 2.0: vers une intelligence collective (6/8)Le « web 2.0 » favorise sans aucun doute la mise en place des réseaux sociaux d’individus partageant les mêmes centres d’intérêts. En mutualisant le contenu généré par les utilisateurs, ces nouveaux outils mettent l’accent sur l’échange et le partage de connaissances variées. Sur « Digg », les internautes peuvent par exemple soumettre un lien vers une page web et voter pour que ce dernier apparaisse sur la « une » du site. Tirant parti de l’intelligence collective, ce portail d’actualité communautaire développe donc un « social bookmarking »1, où seules les ressources jugées utiles ou intéressantes sont mises en avant. De la même manière, « Del.icio.us », dont le but originel était de sauvegarder ses marque-pages personnels, permet aujourd’hui d’explorer les ressources sélectionnées par les autres membres. Véritables alternatives aux moteurs de recherches, ces nouvelles plateformes s’appuient sur un contenu sélectionné par l’homme, facilement accessible et exploitable par tous.
Le philosophe Pierre Lévy (12) pose d’ailleurs dès 1994 les fondements de l’intelligence collective, qu’il définit comme une « intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences ». Permettant une communication à grande échelle, internet permet effectivement aujourd’hui à la société de s’organiser d’elle-même, sans passer par une entité supérieure ou institutionnelle. Les nouveaux outils proposés sur le web deviennent en ce sens des « dispositifs techniques ou organisationnels, visant à mieux valoriser la richesse humaine » (13). Ces nouvelles communautés désengagées, marquées par une certaine convivialité, mutualisent des compétences et énoncent donc de manière collective un savoir inévitablement subjectif. Wikipedia mobilise ainsi des millions de contributeurs pour créer une encyclopédie constamment renouvelée et plus complète que celle de Britannica. Gratuite, elle illustre parfaitement pour Craig Kaplan la « super intelligence » (14) d’une communauté cognitive virtuelle.
Plutôt sceptique quant à l’agrégation algorithmique (et systématique) du contenu produit par les utilisateurs sur internet, Jaron Lanier2, a d’ailleurs soulevé de vives réactions en qualifiant les « wiki » et outils de « social bookmarking » de « maoïsme digital » (13). Il dénonce un « collectivisme bête », qui effacerait les personnalités au profit d’une « vérité collective », où personne ne prend la responsabilité du contenu publié. Un brin provocateur et caricatural, son article relance d’ailleurs la polémique concernant la véracité des propos relayés sur internet. Ce « bourdonnement » (16) de la toile reste néanmoins pour Douglas Rushkoff une « façon d’expliquer un type de comportement dont on n’avait jamais fait l’expérience avant : celui d’une communauté virtuelle ». La question de l’intelligence et l’action collective semble donc encore loin d’être réglée, mais la politique de certains éditeurs de services conforte une vision du futur marquée par la libre circulation des connaissances et l’émulation collective…

Notes:**1 Le « Marque-page social », en français, est une façon pour les internautes de stocker, classer, chercher et partager leurs liens favoris.
2 Spécialiste de la réalité virtuelle.

Références:**1. Lévy, Pierre. L’Intelligence collective : pour une anthropologie du cyberspace. s.l. : La Découverte, 1994.
2. Caillard, Damien. L'intelligence collective. Serveur Barthes. [En ligne] 2000. http://barthes.ens.fr/scpo/Presentations00-01/Caillard\_IntelligenceCollective/intcol.htm.
3. Harnessing Collective Intelligence. O'Reilly Radar. [En ligne] 2006. http://radar.oreilly.com/archives/2006/11/harnessing\_coll.html.
4. Digital Maoism: The Hazards of the New Online Collectivism. Edge. [En ligne] 2006. http://www.edge.org/3rd\_culture/lanier06/lanier06\_index.html.
5. Kelly, Kevin. Out of Control: The New Biology of Machines, Social Systems, & the Economic World . s.l. : Perseus Books, 1995.