Tim O’Reilly, figure emblématique du monde internet, pose dès 2005 les rudiments d’un « web 2.0 », présenté comme une plateforme de services (1) gravitant autour de l’utilisateur. Placé au cœur du système, ce dernier endosse d’ailleurs un rôle nouveau : celui de tester de manière implicite des applications au développement itératif. C’est la fin du cycle logiciel classique, on parle à présent de « services continus » en test perpétuel, régulièrement incrémentés de nouvelles fonctionnalités et dotés d’interfaces souples1 ! L’ordinateur n’est d’ailleurs plus le seul moyen d’accéder à ces applications en ligne : l'essor de la mobilité dans les réseaux de communication permet à présent de se connecter à ce panel de services depuis téléphones, PDA, baladeurs mp3 ou encore un système de navigation…
La richesse de ce « web 2.0 » réside donc dans des « données libres », en mouvement et en grande partie générées par les utilisateurs. En instaurant une dynamique participative, source de valeur ajoutée, les développeurs sont devenus les architectes de bases de données uniques, extrêmement difficiles à recréer. Le service s’améliore d’autant plus que le nombre d’utilisateurs augmente et il n’est pas rare de constater que des marchés de niches sont en mesure de concurrencer des segments plus globaux2. Mais ce qui marque le plus le grand public, c’est l’accessibilité immédiate et l’ergonomie simplifiée de ces nouveaux services, qui permettent de partager en quelques clics tous types de ressources.
Ce retour à un web gratuit inquiète néanmoins certains analystes qui voient dans l’explosion du nombre d’applications une seconde bulle internet3. C’est le cas de Rob Hof(2), qui explique l’explosion du secteur par le coût relativement faible de lancement d’une startup4. Cette baisse de coût, couplée à un marketing internet plutôt efficace, favorise évidemment le financement de projets. Les initiatives se multiplient bientôt, dans une émulation créative et expérimentale qui séduit de plus en plus les jeunes salariés. Si les premiers « business models »(3) émergent et tendent à se confirmer, il faut reconnaître que bon nombre d’ « entreprises 2.0 » ne sont pour le moment créées que pour être vendues à court terme.
Au-delà de l’aspect économique, ce nouveau tournant dans l’histoire d’internet semble être la preuve que la toile reste un environnement propice aux initiatives personnelles, où se développent de nouvelles pratiques et de nouvelles utilisations.
Notes:
1 Interfaces fondées sur les nouveaux standards et protocoles (Ajax, XML, API).
2 C’est le phénomène de la « long tail » (« longue traîne » en français) mise en avant par le magazine Wired.
3 On se rappelle de la période d’euphorie entre 1995 et 2001.
4 Un avis partagé par Joe Kraus, responsable de JotSpot.
Références:
1. O'Reilly, Tim. What is Web 2.0. O'Reilly. [En ligne] http://www.oreilly.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/09/30/what-is-web-20.html?page=1.
2. Hof, Rob. No Web 2.0 Bubble? Hmmm.... BusinessWeek. [En ligne] 2005. http://www.businessweek.com/the\_thread/techbeat/archives/2005/10/no\_web\_20\_bubbl.html.
3. Yarmosh, Ken. Web 2.0 Business Models. WebProNews. [En ligne] 2005. http://www.webpronews.com/topnews/2005/12/01/web-business-models.