Rencontre avec un EniarofEn pleine ébullition, la fêtre foraine Eniarof fait le tour des festivals, tout en soulevant la question des nouvelles formes de cultures émergentes. Rappelant parfois les travaux Cory Archangel, ce projet français provoque la rencontre de différentes de la bidouille intelligente, du retrogaming, du catch amateur, de l'interactivité pour tous, mais aussi des hommes escargots et des machines à secouer. Regarde est allé interroger le créatif à l'origine de tout ce bordel, pour en savoir un peu plus. Vous n'allez pas être deçus.
regarde: Qui se cache derrière Eniarnof ?
Inconnu: Oups ! tu as fait une faute c’est Eniarof ! (NDR : ça commence bien…) Je sais c’est dur au début mais une fois qu’on l’a en tête on l’oublie plus... Plus sérieusement, derrière Eniarof se cache en réalité Antonin (a.k.a ATO), c'est à dire moi. J'ai eu la chance d’avoir une bande d’amis qui ont cru un jour à un de mes projets farfelus... Maintenant on pourrait simplement dire que monsieur tout le monde peut participer à l’aventure Eniarof tant qu’il est prêt à tenir compte du DogmEniarof, donc ce n'est plus l'affaire d'une seule personne!
Rencontre avec un Eniarof
Je me trompe ou Eniarof est une sorte de happening emaüsien-collaboratif aux airs de fête de foraine?
Il y a un peu de ça effectivement. Il y a dans Eniarof la volonté de fonder un réseau d’amis(niarof) que ce soient des artistes, mécanos, programmeurs, performeurs... mais aussi des institutions qui peuvent nous fournir les matériaux nécessaires à la fabrication d’attractions. Et effectivement, les Emmaüs sont des lieux géniaux pour ça. Il y a dans Eniarof un énorme souci d’économie de moyen. Nous cherchons constamment des possibilités pour pouvoir auto produire le projet afin qu’un Eniarof puisse se monter facilement et rapidement.
Comment est né le projet ?
J’avais déjà en 2003 l’idée de monter un projet de ce type, entre foire à l’invention et monstres à la Madmovies, mais le déclencheur a surtout été ma participation au projet Fan (pour Folies Area Network), du collectif Téléférique, présenté lors de villette numérique 2004. Nous étions plusieurs petits groupes de gens : graphistes, architectes, designers, programmeurs, spécialistes du tuning… Notre but était de fabriquer un ordinateur customisé par groupe avec un budget limité. Les ordinateurs étaient ensuite branchés en réseaux pour jouer à un jeu de type Zelda et là aussi nous étions chargés de créer nos propres cartes du jeu. J’ai beaucoup aimé ce projet, je m’y suis senti comme dans une foire à l’invention. Mais le jour du vernissage, en me baladant dans l’ensemble de l’exposition et en découvrant certaines pièces d’artistes majeurs du numérique comme JoDI, Paul Johnson, Carnivore, j’ai trouvé que le cadre rigide de l’exposition se prêtait mal à une vraie rencontre avec le public… Je voyais comme un manque de cohérence, des pièces exposés ensemble simplement parce qu’elles sont numériques. Cela ne me correspondait pas forcément et j’imaginais qu’il y avait une autre façon de présenter des choses qui doivent interagir, par exemple dans une ambiance plus décontractée comme au sein du projet FAN. C’est donc à ce moment que j’ai commencé à parler d’Eniarof autour de moi.
Qu’est ce qui fait d’une installation une attraction Eniarof ?
Qu’elle s’ancre dans une certaine culture populaire et qu’elle n’ait pas forcémment la prétention d’être « artistique ». Elle aura bien l’occasion de l’être une fois passée l’épreuve du public. Autre point important, elle doit répondre aux critères du Dogmeniarof : « on jugera d’une certaine qualité attractive ».
Rencontre avec un Eniarof
Pourquoi cette fascination pour le retrogaming et pour la récup’ ?
Il y a effectivement une forme de nostalgie de notre culture vidéo ludique. Mais je pense aussi que les jeux de notre enfance étaient finalement bien plus riches en imaginaires que les jeux d’aujourd’hui. Ils avaient des concepts bien plus abstraits et novateurs. Pour ce qui est de la récup’ c’est tout simplement le bon moyen de ne pas dépenser des millions mais cela nous donne aussi souvent des idées.
Jusqu'ou peut-on aller avec une Super Nes ou une Gameboy Micro par exemple?
D’abord, je ne sais pas si l’on peut aller plus loin qu’avec un ordinateur, mais en tout cas, à mes yeux, ce que l’on fait avec une console aura au moins l’avantage de ne pas planter toutes les 5 minutes. Ensuite, tu fais peut-être référence à mon projet du « Mortal Kombat | noisy nucleus » que j’ai présenté à Emergence et qui utilise effectivement une console Snes et une Gameboy Advance. En deux mots, j’ai coupé le son de la console et j’ai utilisé une gameboy connectée sur le joypad pour interpréter les combinaisons des touches, comme une sorte de partition musicale. On peut donc effectivement aller assez loin avec de vieilles machines, il suffit de voir le nombre de projets amateurs qui existe sur le net. Un de mes coups de cœur du moment reste le projet « collectic », sur PSP, de Jonas Hielscher.
Rencontre avec un Eniarof
Cinq projets étaient récemment entre les mains du public d'Emergence, et une borne s'est faite tripotée au festival Arborescence : peux tu nous en dire un peu plus sur chaque attraction?
Il y avait donc pour Emergence :

  • Invaders de Abstractmachine (déjà présenté lors d’Eniarof 0.1 en 2005) dans lequel vous contrôlez le tir du vaisseau en envoyant vos bras en avant
  • HyperOlympic du Dekalko Studio où vous utilisez vos jambes sur une dalle, assez instable, pour faire avancer votre personnage.
  • le collectif Dardex-M2f via un stand de tir Paint-ball ou votre habileté à tirer fera de vous un plus ou moins bon Vj/Dj.
  • la mashupMachine de jankenpopp, qui vous invite à jouer du mashup sur une interface de type pop’n music.
  • mon Mortal Kombat | noisy nucleus (malheureusement un peu trop à l’écart des autres)
    Pour le festival Arborescence, les organisateurs voulaient une installation très « salle d’arcarde », nous avons donc pu répondre à cette proposition de manière très libre avec jankenpopp. Nous avons donc décidé sur ce coup-là de ne pas utiliser du tout d’ordinateur mais de détourner des interfaces et des jeux sur des consoles Nes et SuperNes. Voilà ce qui était jouable :
    -Un DuckHunt avec défilement constant de l’image à la verticale accroissant considérablement la difficulté de ce jeu, pourtant si simple.
    -Un Street Fighter ou vous contrôlez les deux combattants en même temps. Vous vous battez contre vous-même en quelques sortes…
    -Un Mario avec tous les tiles (éléments du décor) du jeu mélangé. Vous devez vous fier à vos souvenirs du jeu car là où vous croyez voir un obstacle il n’y a rien, et inversement.
  • Un Donkey Kong Country dans lequel chaque saut vous plonge dans le noir. Le challenge est alors de progresser dans le jeu en essayant de sauter le moins possible. Ce qui devient assez paradoxale dans un jeu de plateforme !
    Rencontre avec un Eniarof
    Rencontre avec un Eniarof
    Rencontre avec un Eniarof
    Comment devient-on forain Eniarof ?
    En lisant tout d’abord le Dogmeniarof, en regardant à quoi ressemblent les précédents eniarof, en n’espérant pas gagner une grande fortune au début ! Le truc, c’est quand même d’avoir la ferme intention de devenir une rockstar, d’avoir de bonnes idées. Pour le reste, il suffit de m’envoyer un mail ou de contacter n’importe quel autre membre du noyau dur d’Eniarof : Abstractmachine, Jankenpopp, Dardex-M2f
    Après, on en parle ensemble et l’on voit si avec le peu de budget que l’on a c’est réalisable. Et surtout il n’y a pas forcément besoin de ne faire que des trucs numériques on a déjà eu un « homme Escargot », des catcheurs mexicains fou, un autre fou qui regarda TF1 pendant 48 heures…. Avec Eniarof nous voulons justement mélanger un peu tout.
    What’s next ?
    Nous préparons une grosse version d’Eniarof pour les 1 et 2 décembre sur Aix-en-Provence. Vous retrouverez certaines installations déjà présentées comme Le hyper Olympic, le stand de tir Paintball Vjing, le karaoké fait maison et certaines des bornes présentées lors d’Arborescence. Nous aurons aussi beaucoup de nouveautés comme : un concert de Punk pour 1 personne (une fosse de 1mx1m), une galerie de silhouettes trouées (version interdite au moins de 16ans) , un jeu vidéo sans électricité dans l’esprit du PacManhatan, des brouettes tuning avec de grosses enceintes retransmettant via itrip un live d’un Dj, un groupe de musiciens qui jouent durant sept heures d’affilée, une maison hantée à l’envers….
    Nous organisons aussi avec Abstractmachine (a.k.a Douglas Edric Stanley) un workshop Processing et arduino. À partir du 20 novembre jusqu’au 1er décembre nous allons essayer de fabriquer des attractions tournant sur des arduino dans le même esprit que ce que nous avons pu présenter lors d’Emergence et Arborescence. Nous invitons les gens à venir y participer à partir du moment où ils viennent avec : un arduino (20 euros) et d’un ordinateur (si ils veulent travailler tranquillement) + un petit budget pour l’électronique et un moyen de loger sur Aix-en-Provence si possible. Il faut, de toutes manières, nous contacter et l’on trouvera des solutions.
    Plus d'informations sur le site eniarof.
    Crédits photos: ATO + jankenpopp