La blogosphère va bien, et vous ? L’application « We feel fine », véritable machinerie orwellienne est sans doute le premier outil d’exploration des émotions humaines à l’échelle mondiale. Complètement autonome, le bigbrother de la blogosphère s’inquiète en silence de votre moral, et n’attend pas vraiment votre permission pour vous injecter dans le système, vous « statistiquer ». Toutes les minutes, pour peu que vous ayez posté une entrée contenant l’expression « I feel » ou « I am feeling », vous rentrez dans la boucle. Le résultat ? Une application en ligne, codée en Processing par Jonathan Harris (artiste de la secte de créatifs « Fabrica »), et Sep Kamvar (bidouillant chez Google) proposant 6 modes de visualisation d’une gigantesque base de données de sentiments. Avec 15 000 à 20,000 nouveaux « feelings » par jour, autant dire qu’on a dépassé le stade de l’expérimentation personnelle. Mis à jour toutes les minutes, les données sont analysées, triées, répertoriées et présentés au public. Que ce soit via « Madness », où chaque pensée apparaît sous la forme d’une bulle de couleur déambulant de manière chaotique, ou via « murmurs », où les extraits défilent inexorablement comme sur un prompteur, l’éphémère devient presque palpable. En couplant les critères d’âge, de sexe, de lieux (pays, villes) et même météorologique (on sait que le temps a parfois une influence sur notre moral), l’environnement devient un outil statistique et sociologique incroyablement riche. Qui ressent quoi ? Où ? Quand ? En quelques clics, il est possible de prendre la température des bloggeurs. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul à vous sentir « spécial » ou « nostalgique » en ce moment et pour info, la bonne humeur l’emporte, pour le moment, encore sur les déprimés de la vie. En plus d’être pertinent, « We feel fine » est techniquement parfait. Le système parse tout, tout le temps. LiveJournal, MSN Spaces, MySpace, Blogger, Flickr, Technorati, Feedster, Ice Rocket, et Google passent à la moulinette, autant dire que la vision qui nous est proposée est plutôt représentative du moral général. Non content de bouffer du texte, la bête avale même une image ou deux si elle en trouve une dans l’article en question, pour recracher un diaporama dynamique (vu à l’expo « We were waiting for you »). I feel envious.





