"Elles", sont des poupées japonaisesQuand Ghost In The Shell 2: Innoncence introduit la notion de doll au coeur de sa reflexion autour de l'homme et la machine, le résultat est détonnant. Ce poupée désarticulée qui fait l'affiche du film n'est pourtant pas iconnue des milieux artistiques. "Avez vous des enfants?" - Une fille. Les enfants transgressent toujours les règles des parents. Ils ont un égo, un "moi". Ils sont conscients d'être. "Quand l'être humain est encore enfant, que recherche t-il?" - Etre humain, avoir l'air humain... Si toutes les filles aiment les poupées, celles-ci ne leur servent pas à s'entraîner. Les filles ne jouent pas au baby-sitting. Elles cherchent juste à trouver un juste milieu entre jouer avec une poupée et s'occuper d'un enfant. "Qu'est ce que vous voulez dire?" - S'occuper d'un enfant implique d'être un être humain, rendre humain. C'est un vieux rêve, la manière la plus courte de la réaliser. "Je ne suis pas d'accord, les enfants ne sont pas des poupées." - L'homme est une forme vivante, la machine non. Cette poupée est comme ma fille, morte à 6 ans. Je l'ai appelée France, et je l'aime profondement.
Des dialogues qui citent Descartes, une anecdote sur une poupée qui aurait remplacé dans son cœur sa fille à la mort de celle-ci, Mamoru Oshii s'amuse, mais c’est encore à Montaigne que l’on songe cette fois : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». (dixit Arte ). Si l’âme elle-même semble se distinguer dans le film d’une autre entité, ce « Shell » mystérieux, l'esthétique de la poupée trouble. Inanimée, sans consience, elle gêne lorsque son apperence rappelle trop celle de l'homme. Le résultat est d'autant plus bouleversant lorsque, à l'échelle humaine, on ne peut s'empecher de réfléchir à ce qui nous différencie de ces bouts de matériaux grossièrement assemblés. Trop sages, inquiétantes, la poupées en deviennent presque glauques lorsqu'elle se transforment en objet sexuels. Jugées trop vite malsaines, il n'en ressort pourtant que du désespoir de ces figures geishas désarticulées qui peuplent l'univers complexe de Gits.
Voilà donc que les poupées d'Hans Bellmer ressurgissent dans un film japonais. Les adeptes de la sculpture ne seront pas passés à côté de cette source d'inspiration flagrante et bien sûr avouée. Loin d'être le seul artiste à développer cette thématique, beaucoup d'autres, dans le pays où l'iconographie de la jeune fille et la "pupettisation" font partie d'une culture bien ancrée, étonnent, voire repoussent par leur travaux. C'est le cas de Nori Tomizaki, un japonais aux poupées encore une fois très proches de ce que l'on a pu voir au cinéma. Réalisée en 3D, les siennes sont exposées, encadrées, dans des décors victoriens, ou dans des galeries. Plus stylisées, celles de Dein Spiegel sont belles et bien en dur et ne provoquent pas le même ressenti.
Mystérieuses et fascinantes, les poupées que l'on vient de voir n'arriveront de toutes manières pas à la cheville de celle-ci. Quelques photos pour le plaisir des yeux.
"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
Ci-dessous, les sculptures d'Hans Bellmer.
Ci-dessous, les modélisations 3D de Nori Tomizaki.

"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
"Elles", sont des poupées japonaises
Ci-dessous, les poupées de Dein Spiegel
"Elles", sont des poupées japonaises