Le succès du web 2.0 marque également le passage d’une économie de produits à une économie de services ouverts. Nouveaux gardiens de l’information, les éditeurs de services ont tout intérêt à partager des données générées par les internautes. De plus en plus d’ « API »1, des interfaces de programmations proposées au public, permettent d’accéder au cœur des nouvelles plateformes et de puiser dans des bases de données aujourd’hui jalousement surveillées. Certes, l’accès y est encore très balisé mais pour George Grinsted, elles sont un « formidable levier pour augmenter le nombre des utilisateurs en les laissant utiliser le service selon leurs désirs » (14). Ces passerelles techniques tendent effectivement à transformer le web en gigantesque jeu de Lego !
Le « web 2.0 » favorise sans aucun doute la mise en place des réseaux sociaux d’individus partageant les mêmes centres d’intérêts. En mutualisant le contenu généré par les utilisateurs, ces nouveaux outils mettent l’accent sur l’échange et le partage de connaissances variées. Sur « Digg », les internautes peuvent par exemple soumettre un lien vers une page web et voter pour que ce dernier apparaisse sur la « une » du site. Tirant parti de l’intelligence collective, ce portail d’actualité communautaire développe donc un « social bookmarking »1, où seules les ressources jugées utiles ou intéressantes sont mises en avant. De la même manière, « Del.icio.us », dont le but originel était de sauvegarder ses marque-pages personnels, permet aujourd’hui d’explorer les ressources sélectionnées par les autres membres. Véritables alternatives aux moteurs de recherches, ces nouvelles plateformes s’appuient sur un contenu sélectionné par l’homme, facilement accessible et exploitable par tous.
Si sa francisation n’est pas encore clairement posée, le néologisme de Thomas Vander Wal1 désigne un des concepts fort du « web 2.0 ». Combinaison de « folk » (les gens) et de « taxonomy » (taxinomie), la « folksonomie » fait donc référence à un « système de classification décentralisée et spontanée »2. Véritable taxinomie populaire, elle permet aux internautes de qualifier librement l’information, à partir de termes qu’ils ont eux-mêmes définis. Emancipés de tout système de référencement hiérarchique, ils « taguent » photos, vidéos ou liens à l’aide d’un ou plusieurs mots clés qui ajoutent une couche sémantique (néanmoins subjective) aux différents documents. Simples d’utilisation, ces étiquettes numériques facilitent donc l’accès à une information indexée selon plusieurs descripteurs. Ces derniers apparaissent d’ailleurs souvent sous la forme d’un « nuage de tags », qui représente l’ensemble des mots clés utilisés par un individu ou un groupe de personnes et révèle les intérêts des usagers.
Révolutionnant la collecte de l’information sur le web, la syndication de contenu permet aujourd’hui aux internautes de lire une portion du contenu de nombreux sites sans avoir à se connecter sur chacune des pages concernées pour vérifier les mises à jour. Tous ont aujourd’hui la possibilité de s’abonner à des flux d’information, diffusant en continu alertes, actualités et données diverses. Popularisés par les blogs, les formats RSS1 et ATOM2 permettent ainsi de surveiller tout nouveau contenu publié, depuis son navigateur web, un agrégateur en ligne, ou un lecteur de « news » dédié. Dénominateur commun à plus de 50 millions de blogs3, le petit icône orange, symbole de diffusion continue de contenu, s’invite également sur les grands portails journalistiques, les sites des grandes entreprises, les plateformes de e-commerce, les groupes de discussions, et même sur certains forums et moteurs de recherche ! Les services 2.0 tels que Flickr, Youtube et Del.ico.us l’ont évidemment adopté et offrent aux utilisateurs des canaux de distribution personnalisés, permettant de suivre photos, vidéos ou liens relatifs à une thématique ou une personne données. Il est ainsi possible de surveiller les résultats liés à une requête particulière, et d’être averti presque instantanément des changements.
Caractérisé par une implication bien plus forte des utilisateurs, le web 2.0 offre à tous la possibilité de participer à la valeur de ces nouvelles plateformes. Passant du statut de spectateurs à celui d’acteurs, les internautes d’aujourd’hui ont l’habitude de créer, personnaliser et collaborer. Espace d’échanges, la plupart des nouveaux services encouragent donc leurs visiteurs à commenter, noter, annoter ou télécharger tout type de contenu. Agrégées autour d’un même site, les contributions personnelles font donc la richesse et le succès des projets 2.0, résolument communautaires. Figure emblématique du travail collaboratif, l’encyclopédie en ligne Wikipedia permet par exemple à chacun de modifier ou créer de nouvelles pages. Nouveaux moyens d’expressions, les « blogs » et les « micro-blogs » permettent aussi de très facilement créer et publier du contenu sur internet. S’il fallait auparavant maîtriser la technologie pour pouvoir être visible sur la toile, il n’est ici plus question que d’usages et d’envies. Centrés sur l’utilisateur, les services en ligne intègrent souvent des outils intuitifs et transparents, accessibles aux néophytes. Mettre en ligne photos et vidéos n’a jamais été aussi facile, et des portails tels que « Youtube » ou « Flickr » hébergent une quantité impressionnante de fichiers.