On en parlait il y a peu, Ez3kiel était très largement représenté au festival Scopitone. Les nantais ont pu découvrir leur univers au travers d’installations interactives mêlant numérique et objets vintage insolites. Et après la bicyclette branlante de grand-père, c’est grâce à un bon vieux pédalier de machine à coudre que ce groupe d’électro-dub nous surprend. Cycloharpes est une installation adaptée d’une application de leur dernier album, Naphtaline, proposant à l’utilisateur de créer et de faire évoluer une ligne musicale à partir de samples. Chacun de ces sons, matérialisé par un cercle, tournera de façon aléatoire autour d’un axe (virtuel) actionné par le pédalier (réel), rencontrant au passage des touches obstacles qui elles créeront les notes. Au travers de lignes mélodiques et rythmiques évoluant sur deux platines différentes, cette boîte à musique générative créera à l’envie des sons oniriques et cristallins, l’intensité musicale grimpant à mesure que l’utilisateur crée des cycloharpes. L’interface virtuelle, ancrée dans un style graphique et architectural très Jules Vernien, propose aussi une série d’univers différents, possédant des identités graphique et sonore propres. La manipulation est uniquement tangible, au travers du pédalier et de boutons archaïques, et on appréciera ce mariage entre mode d’interfaces physiques et virtuelles. Bref, cette installation développée par Medias Cité, est réellement envoûtante et on se prend vite au jeu, pour le plus grand bonheur des personnes faisant la queue pour approcher l’appareil. Un gros succès donc, même si l’idée de garder trace des créations aurait été intéressante. Quelques images dans la suite.
Non contents de cartonner au concert donné pour le festival Scopitone, les membres du groupe Ez3kiel y ont en plus amené leurs petites machines. En effet, ce groupe d’électro/dub originaire de Tours y présentait 3 installations interactives tirées de leur dernier album DVD, Naphtaline. Réalisées en collaboration avec Jarring Effects et Medias Cités, celles-ci permettaient au quidam d’explorer leur univers si particulier au travers de la création graphique et musicale. Premier de cette liste, Les Jardins d’Exebecce, proposait au visiteur de voyager sur une bonne vieille bicyclette dans un monde qui n’était pas sans rappeler Londres version 19ème siècle. Mais c’est pourtant dans une plaine plutôt vide que le périple commence, mais quelque coups de pédales remédient bien vite à cela… Et c’est grâce à la force de vos pieds que vous avançez, au travers d’une série d’environnements allant du désert de mort à une toundra verdoyante. Et si l’envie vous prend de peupler ce petit monde, quelques coups de freins créeront ou détruiront une série de personnages et d’objets insolites. Danseuses façon boîte à musique, phares, moulins et autres montgolfières viendront rejoindre les lueurs feux follesques qui peuplent cet univers, donnant à l’ensemble une impression plutôt bizarre, limite un peu glauque. Mais bon, à chacun sa vision car les gosses qui venaient donner du pied sur le vélo en compagnie de leurs parents avaient plutôt l’air de s’éclater… Quelques images dans la suite.
Saisissez une paire de lunettes polarisées et partez à la rencontre d’un « cube vide » . Aux frontières du réel et du virtuel, cette sculpture virtuelle dynamique n’a pas de fini de se jouer de vous. Imaginée par Mikaël Auffret, plasticien, puis développée en collaboration avec Quentin Delamarre, chercheur en informatique, cette drôle de forme embryonnaire se développe au fil des heures au rythme d’inquiétantes pulsations. Modelée par les mouvements des visiteurs et par le changement de lumière, la matière organique semble effectivement s’agréger à l’intérieur du cube transparent… Ce n’est pourtant qu’après plusieurs heures que l’on prendra vraiment conscience de la croissance de cet organisme « techno-biologique » à l’intérieur de ce « support-contenant ». Car c’est bien là la subtilité de ce travail qui mêle une surprenante utilisation du relief à une dose d’illusion. Simplement projeté en relief sur trois faces, l’ « Empty Cube » est donc une anamorphose très réussie qui pousse l’utilisateur à « voir » et « expérimenter » ! Tout effet d’optique a bien sûr son point de vu idéal, pas toujours propice à une utilisation de groupe, mais qu’importe, ce dispositif à la fois esthétique et technologique pose une vraie réflexion sur les modalités du réel. On ne regrettera de cette expérience visuelle et sonore qu’une scénographie un peu trop épurée et éloignée des montages convaincants du site du projet. L’« Empty Cube » reste en tout cas l’une des œuvres les plus convaincantes présentées à Scopitone cette année.
Ils ont une drôle de tête, un look insolite et un comportement étrange : les « Scopitoons » ont envahit un univers en 3D et déambulent à leur gré sans se soucier de leurs créateurs ! En quelques clics, petits et grands ont pu créer leur avatar, au détour d’une visite à la « Friche numérique », et le voir évoluer dans un écosystème aux règles simples. Commandé par le festival Scopitone, cet atelier des pratiques sans prétention a permis au grand public de s’initier de manière ludique aux univers virtuels et au texturing. Accessible à tous, l’interface de création proposée sur plusieurs postes, faisait le lien entre 2D et 3D et donnait en effet à chacun la possibilité de personnaliser l’apparence de son personnage. Que ce soit en piochant dans une base d’éléments graphiques (yeux, nez, bouche, motifs), en paramétrant les couleurs de chaque partie du corps ou en allant jusqu’à se prendre en photo via les webcams installées, l’utilisateur pouvait très rapidement et facilement customiser son avatar à la tête rectangulaire. Aussitôt générée, la texture, visible à l’écran, était plaquée sur un personnage en 3D, évoluant cette fois-ci en temps réel dans un décor autonome projeté sur grand écran ! Sans surprise, on retrouve un combo Flash / Mysql / Virtools, qui a plutôt bien fonctionné malgré l’absence de gestion des collisions entre les créatures. Ces dernières disposaient néanmoins d’une petite quinzaine d’animations différentes et ne se gênaient pas pour s’endormir une fois la nuit tombée… Inspiré par l’univers des « designer toys » et de « Où est Charlie ? », ce dispositif interactif du collectif « llllllllllllllll » (L16) autorisait les utilisateurs de passage à laisser leur trace dans ce « Livre d’or » visuel où chacun se plaira à suivre les déplacements et les actions de son alter-égo virtuel. Une formule qui aura en tout cas séduit les nantais, en témoigne cette vidéo rétrospective !
Et si on vous proposait de remonter le temps, d’avoir la capacité de revenir sur vos pas? Bon si vous êtes normalement constitués, et ça vous évitera de justifier vos conneries en disant « c’est pas grave je vais arranger ça! ». Mais au delà de la science fiction, quelques un vous proposent d’entrevoir cette possibilité, ou du moins, de vous en donner l’illusion… « Reste » était un peu l’extraterrestre de Scopitone. Bien loin du numérique à sensation, son sens poétique et philosophique était aussi prononcé que la transparence de sa technologie. Réalisé par Claire Pollet, artiste sortie de l’Ecole des Beaux Arts de Nantes (et assistée par Olivier Heinry pour la programmation), « Reste » propose une réflexion sur le temps, et l’existence d’une manière générale. Face à vous, un écran affiche l’image statique d’une fleur décrépie. Fatalité ? Non car vous pouvez dès lors intervenir, et remonter le temps pour redonner vie au végétal. Mais, chose étonnante dans ce type d’installations, cette procédure a un prix, et est exempt de tout aspect ludique. « Cette résurrection a un prix : celui de notre immobilité » précise Emmanuel Vaesken. C’est paradoxalement l’absence de mouvement et de vie d’un côté, qui l’insufflera de l’autre. Et croyez moi ce n’est pas chose facile que de rester sans bouger devant une fleur qui prendra tout son temps pour vivre. La question de la frustration est ici également présente, l’évolution étant lente et constituant un véritable combat. Si l’absence de le notion de jeu dans cette installation pût déplaire à certains, il n’en est pas moins sûr que « Reste » constitue une très belle réflexion sur notre mode de vie, et rappelle que de temps en temps, une pause pour contempler la vie n’est pas une perte de temps.