Et si les œuvres d’art étaient conscientes du regard que nous leur portons ? En s’interrogeant sur la relation entre une pièce et son public, Golan Levin et Greg Baltus ont créés en 2007 une sculpture mécatronique effrayante, composée d’un unique œil à l’échelle humaine. Mêlant mécanique, électronique et informatique temps-réel, le dispositif répond au regard des spectateurs avec plusieurs mouvements oculaires aussi bien familiers qu’inattendus. L’inquiétant « Opto-Isolator » fixe donc l’usager de son œil comme s’il cherchait à étudier sa réaction, détourne son regard une fois lassé, ou imite le clignement de vos yeux (précisément une seconde après vous) d’un claquement sec. Exposée en décembre dernier à la galerie Bitforms de New York, cette drôle de boite à œil, d’un noir brillant, dissimule un dispositif technique bluffant et délivre une expérience utilisateur particulièrement réussie. Réponse directe au voyeurisme des foules, l’ « opto-Isolator » ne manquera pas de rappeler certains systèmes homme-machine cyberpunk que l’on n’espère pas voir de sitôt dans nos sociétés. La preuve en vidéo.
Les « minimies », avatars de pixels ultra-mignons, en ont marre de jouer les saintes-nitouches sur Cyworld. Prochainement présenté à l’exposition Gamerz 02, « Cyporn » est un dispositif interactif mettant en scène un « pixel porn » aussi subversif qu’impertinent ! Dénonçant l’infantilisation de l’identité virtuelle du réseau social coréen fédérant pourtant 90% des 24-29 ans, cette installation du collectif « llllllllllllllll » (L16) corrompt l’imagerie « mignonne » et se pose comme une métaphore du paradoxe coréen. Cinq séquences pornographiques ont ainsi été reconstituées à partir des éléments graphiques proposés sur Cyworld et détournées sur Game Boy pour mieux piéger le spectateur. Placées en « pause » sur des coussins à paillettes, les consoles portables dissimulent des « minimies » fatigués de jouer les saintes-nitouches sur votre profil web. En suivant les instructions affichées à l’écran, les joueurs les plus curieux auront le malheur de surprendre des ébats pour le moins débridés et plutôt bruyants. Evolutif, ce homebrew réalisé avec « Devkitpro » joue de manière aléatoire une séquence animée et sonore qui ne manquera pas de mettre mal à l’aise le grand public ! Initié en Corée du Sud, ce travail s’inscrit dans une série d’installations portant sur le voyeurisme, dont faisait également partie « Korean Tupperware ». Plus de détails sur cette pièce interactive sont disponibles sur la page du projet.
Après un premier dispositif bluffant de « finger tracking », Johnny Chung Lee surprend une nouvelle fois la blogosphère avec deux nouvelles expérimentations. Expert de la Wiimote et professionnel du Do It Yourself, cet étudiant à la Carnegie Mellon University de Pittsburgh expose une nouvelle fois en vidéo son travail autour du contrôleur de la Wii. Utilisant toujours la caméra infrarouge intégrée à la télécommande de Nintendo, il bidouille aujourd’hui un crayon LED qui lui permet de transformer n’importe quelle surface en table interactive ! En couplant la Wiimote à un vidéoprojecteur, il est ainsi possible de calibrer une zone de travail et d’enregistrer très facilement les coordonnées du stylet lumineux. Ce dernier remplace évidemment la souris et peut être combiné à un second crayon, transformant le système en dispositif multipoints. Les plus aventureux pourront même transformer leur portable en tablet PC pour moins de 60 euros! Bien décidé à pousser encore plus loin ses expérimentations, Johnny Lee s’essaie également à la réalité virtuelle, en imaginant un système de « head tracking », qui revient repérer la position de la tête. En équipant une paire de lunettes de LED infrarouges, captée par la Wiimote, il est ainsi en mesure d’intervenir sur la position de la caméra d’un espace 3D. En regardant simplement dans une direction, le cadrage est donc modifié et contribue à renforcer l’immersion dans le virtuel… Si des solutions similaires sont déjà commercialisées, cet étudiant ingénieux propose des dispositifs faciles à interfacer, et surtout très peu coûteux… Documentations, schémas et sources des programmes sont dès à présent disponibles sur la page de ces différents projets. A voir absolument.
Mère nature a besoin d’un coup de pouce ! Réalisée par Theodore Watson et Emily Gobeille, « Funky Forest » est une installation interactive qui propose aux enfants d’alimenter un écosystème virtuel. Si le concept rappelle la « forêt créative » de l’Ecole de Design Nantes Altantique, ce dispositif réalisé en 2007 pour le festival néerlandais « Cinekid » est nettement plus imposant ! Pas moins de trois vidéo-projecteurs sont en effet utilisées pour recréer un espace onirique, à l’univers graphique très réussi. Jouant la carte de la corporalité, « Funky Forest » invite les utilisateurs à se figer devant la toile, pour faire surgir un arbre dont la forme sera (presque) calquée sur votre posture. Il faudra ensuite bouger ses bras pour essayer de dévier l’eau du ruisseau qui s’écoule sur le sol, afin de maintenir l’équilibre fragile de cet écosystème naissant. Abeilles et autres oiseaux ne tarderont pas à apparaître, contribuant à alimenter une ambiance sonore assez minimaliste. Sans l’intervention du public, la forêt, dont l’état de santé est matérialisé par une jauge, disparaîtra donc progressivement… Réalisée avec OpenFrameworks, une librairie C++ orientée « art numérique», « Funky Forest » bénéficie d’une réalisation exemplaire. On retrouve le style d’Emily Gobeille, qui développe ici une représentation stylisée, un brin abstraite, des arbres. Difficile à animer, la croissance des végétaux est donc ici limitée au tronc, et à quelques effets de particules représentant les feuilles. Si les modes d’interactions sont particulièrement intéressants, ils semblent néanmoins un peu difficiles à appréhender pour un jeune public. Ludique et immersive, cette installation est à découvrir en vidéo à cette adresse. (via fubiz)
Qui aurait imaginé faire du finger tracking avec la télécommande la Wii ? Johnny Lee, est un grand fan de « Minority Report ». C’est aussi un bidouilleur en herbe, qui a grandi avec MacGyver et qui a fini par intégrer la prestigieuse Carnegie Mellon University de Pittsburgh. Bref, un étudiant tout ce qu’il y a de plus normal, qui s’est un jour aperçu que la Wiimote était composée d’une caméra infrarouge, censée fonctionner avec la fameuse « sensor bar », elle-même composée s’une petite poignée de LED IR. Pour le reste, on ne sait pas trop ce qui a pu se passer dans la tête de Johnny, mais il a eu la bonne idée de poser la Wiimote sur sa télé, au milieu d’une matrice de LED (infrarouges) et de remuer les doigts devant l’écran. Ni une ni deux, il connecte le contrôleur à son PC, développe une mini-application qui récupère les valeurs, et se retrouve avec un dispositif capable de reconnaître la position des doigts ! A la manière d’une table multi-touch, mais sans support, il est donc possible d’interagir via la gestuelle habituelle (j’écarte, ça agrandit, je rapproche, ça rétrécit). Avec un peu de skotch réfléchissant sur les doigts, le système semble complètement fonctionnel comme vous pourrez le découvrir sur cette vidéo… Je récapitule : les LEDS projettent de la lumière (invisible à l’œil nu), qui se reflète sur les doigts de l’usager, et qui se retrouve donc filmée par la caméra intégrée à la Wiimote ! Particulièrement simple à mettre en place, cette solution ravira sans doute les artistes en herbe… Le mot de la fin ? « C’est plutôt fatiguant de remuer les doigts dans le vide, je ne suis pas sûr que ce soit une solution vraiment intéressante ». Sacré Johnny.