Votre courrier électronique n’aura jamais semblé aussi vivant. Imaginée par Carolin Horn à la fin de son « master of fine arts » au Dynamic Media Institute de Boston, « Anymails » est une petite application qui représente visuellement les e-mails présents dans votre boîte de réception. Particulièrement original, ce projet transforme vos messages en une tripotée de microbes colorés qui ne tarderont pas à s’animer sur un espace 2D épuré. Catégorisés en six « espèces » (famille et amis, école, travail, e-commerce, divers, spam), ces petits organismes évoluent donc en fonction de leur statuts (non lu, lu, répondu) et perdent progressivement poils et vigueur avec l’âge. Offrant une vision inédite des courriels, le soft propose plusieurs niveaux de filtrages et des outils qui permettront de réorganiser de nombreuses manières les bestioles à l’écran. Les modes d’interactions et de représentations ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le travail de Jenova Chen qui proposait également une approche cellulaire et une physique d’attraction dans son jeu « Fl0w ». On retiendra surtout du travail de Carolin le parti pris d’une métaphore naturelle, visant à humaniser des technologies parfois abstraites. Avec ses sympathiques microbes, elle offre à l’utilisateur une expérience vivante, où ce dernier pourra observer, explorer et créer de l’information. « Anymails » développe effectivement une méthode sensible, parfois génératrice d’émotions, qui permettra en tout cas à certains de mieux appréhender le chaos de leur boîte de réception. Deux vidéos, un prototype (made in processing, codé par Florian Jenett ) et une excellente thèse sont à télécharger sur le site dédié au projet.
Un jardin virtuel qui se nourrit de vos actions. Imaginé et réalisé en 2006 par Julian Oliver, cet univers aléatoire en 3D se nourrit du trafic internet que vous générez. Ce petit programme capte en effet les infos qui transitent par une tripotée de protocoles (http, pop, ssh, ftp …) et s’en sert pour bâtir un monde virtuel. Sites web, jeux en réseau, messageries instantanées, logiciels P2P, tout est capté et enregistré pour finalement se transformer en joyeuses plantes vertes. Des collines et des vallées, dont l’emplacement dépendra entre autre des adresses IP, viendront également égayer une planète privée unique et insolite. S’appuyant sur le réseau, Packet Garden n’est pas pour autant à cataloguer dans le rayon du net art, puisqu’il se limite à une dimension locale. Un nouveau monde sera généré chaque jour, et vous resterez le seul à pouvoir l’explorer en détails… Certains diront que ce « datagoodie » est parfaitement inutile, d’autres qu’il donne sens de manière poétique aux données désincarnées qui transitent sur nos machines. A vous de trancher !
Microsoft planche sur un aggrégateur 3D pour Windows Vista. En s’appuyant sur la gestion des RSS dans Internet Explorer, UniveRSS propose une représentation intergalactique de vos feeds. Vous pourrez donc naviguer entre les flux comme dans un jeu vidéo, et accéder à un affichage du contenu par liste en quelques clicks. Si la partie graphique est amenée à changer dans les mois à venir, on reste perplexe quand à l’ergonomie d’utilisation… Plus d’infos à l’extérieur.
La blogosphère va bien, et vous ? L’application « We feel fine », véritable machinerie orwellienne est sans doute le premier outil d’exploration des émotions humaines à l’échelle mondiale. Complètement autonome, le bigbrother de la blogosphère s’inquiète en silence de votre moral, et n’attend pas vraiment votre permission pour vous injecter dans le système, vous « statistiquer ». Toutes les minutes, pour peu que vous ayez posté une entrée contenant l’expression « I feel » ou « I am feeling », vous rentrez dans la boucle. Le résultat ? Une application en ligne, codée en Processing par Jonathan Harris (artiste de la secte de créatifs « Fabrica »), et Sep Kamvar (bidouillant chez Google) proposant 6 modes de visualisation d’une gigantesque base de données de sentiments. Avec 15 000 à 20,000 nouveaux « feelings » par jour, autant dire qu’on a dépassé le stade de l’expérimentation personnelle. Mis à jour toutes les minutes, les données sont analysées, triées, répertoriées et présentés au public. Que ce soit via « Madness », où chaque pensée apparaît sous la forme d’une bulle de couleur déambulant de manière chaotique, ou via « murmurs », où les extraits défilent inexorablement comme sur un prompteur, l’éphémère devient presque palpable. En couplant les critères d’âge, de sexe, de lieux (pays, villes) et même météorologique (on sait que le temps a parfois une influence sur notre moral), l’environnement devient un outil statistique et sociologique incroyablement riche. Qui ressent quoi ? Où ? Quand ? En quelques clics, il est possible de prendre la température des bloggeurs. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul à vous sentir « spécial » ou « nostalgique » en ce moment et pour info, la bonne humeur l’emporte, pour le moment, encore sur les déprimés de la vie. En plus d’être pertinent, « We feel fine » est techniquement parfait. Le système parse tout, tout le temps. LiveJournal, MSN Spaces, MySpace, Blogger, Flickr, Technorati, Feedster, Ice Rocket, et Google passent à la moulinette, autant dire que la vision qui nous est proposée est plutôt représentative du moral général. Non content de bouffer du texte, la bête avale même une image ou deux si elle en trouve une dans l’article en question, pour recracher un diaporama dynamique (vu à l’expo « We were waiting for you »). I feel envious.
Un programme qui encode des textes en binaire et représente visuellement le code: c’est Waste Land. Waste Land, c’est aussi le nom d’un poème de T.S. Eliot, dont Sai Sriskandarajah , à l’origine du projet, semble particulièrement fan. La tapisserie qu’il a fait naître n’est pourtant qu’une suite de données, les carrés correspondant à des 1 ou des 0. Puisqu’il faut cinq valeurs pour écrire un chiffre, le poème est donc plutôt difficilement déchiffrable… Le système est pourtant simple, et se pose comme une interprétation symbolique et décalée de ce “chef d’oeuvre de la littérature occidentale”. L’expérience est à la fois familière et nouvelle, puisqu’elle soulève la thématique du raccordement entre le texte et l’image ainsi que de la manière dont on peut représenter visuellement des données. Le programme, appremment assez flexible, mouline sous Processing. Après 40 heures de rendu, il faut dire que le résultat est plus que convaincant. Epileptiques s’abstenir. (via Infosthetics)