Quand Ken et ses amis asexués se la jouent activistes anti-bush, ça donne ça. Guerra de la Paz, studio concept éclectique porté par deux artistes américains 100% Cuba Libre, se veut être une critique de la société de consommation, de la guerre. Encore un projet lecapitalismeauxchiottesque anarchiste de jeunes artistes en mal d’inspiration? Pas vraiment. Alain Guerra et Neraldo de la Paz accusent 91 ans cumulés au compteur, et sont loins d’être des bleus dans le secteur et proposent ici une critique posée et intelligente. Un bon exemple de cette efficacité est la série de photos portant sur la guerre, mettant en scène des GIs au service de la Mère Consommation, bourrins sans neurones exarcerbant l’image de l’impérialisme américain. L’humour, omniprésent de par les situations et l’utilisation de poupées, fait prendre le recul nécessaire pour que la critique soit constructive. L’intitulé « Raising the Bar », remplaçant l’élévation de la fameuse bannière étoilée d’Iwo Jima par un drapeau code-barres résume à la perfection l’esprit qui anime nos deux compères. Dans un tout autre esprit, les séries d’arbres faits de vêtements ou des portraits solennels de familles américaines faites de bric et de brox finiront d’achever le tableau. Leur tableau. Celui d’une amérique politiquement bancale, où la religion et le patriotisme exacerbés ne font qu’accentuer ce contraste entre ces belles photos de familles photoshopées et les horreurs commises par leurs pairs aux quatre coins du monde. A découvrir au plus vite. (Via trendsnow)
Alors que certains prônent la pureté de l’image comme représentation de la beauté et l’innocence, d’autres l’utilisent comme témoins de la superficialité de l’homme. DOU, jeune artiste russe de 23 ans, nous propose un projet aussi original que téméraire : photographier des visages nus. Mais plus que de traiter de la nudité physique, le concept consiste ici à enlever à la peau et au regard de ses modèles toute trace d’humanité, toute once de personnalité et de libre arbitre. Une façon habile de montrer qu’à force d’empiler les moules, on finit tous par se ressembler. Et ça marche. La visite de son portfolio vous mettra face à une galerie de portraits lisses, freaks aux visages poncés et polis, comme vitrifiés, érodés par la vie. Ces visages, bien qu’inexpressifs, traduisent pourtant une sensation de malaise, parfois de peur. Ces visages paraissent aussi comme étant le produit d’une réalité tangible et d’un espace virtuel, comme si les identités réelles et virtuelles se mélangeaient dans un espace neutre. Malgré peut-être un manque de maturité dans l’intention même du projet, à savoir l’uniformisation de la société, déjà traité à tort et à travers, le concept et sa réalisation parlent d’eux même et ne laissent pas le spectateur indifférent. La cerise sur le gâteau? Les tirages sont effectués grâce au procédé DIASEC, permettant à la photo de garder sa qualité originelle pendant un siècle entier… Un moyen fort d’appuyer ses idées, et de projeter ces visages dans l’avenir…
Prenez une pincée de mégalomanie, un brin de folie, ainsi que des über skills illustratives, et fourrez les dans un mec un peu barré. Patientez une poignée d’années et vous obtiendrez notre artiste du jour. Andrew Jones, illustrateur un brin loufoque, est loin d’être inconnu dans le métier puisqu’il a travaillé comme concept-artist pour Nintendo à l’occasion du projet Metroid, et a été co-fondateur de ConceptArt.org. Non content d’en rester là, le gaillard est aussi directeur artistique chez Massive Black Inc., qui a notamment participé aux jeux Gun, Battle for Middle Earth ainsi que le futur Hellgate London. Bref, un bon gros bourrin comme on les aime, également amateur de body paint, nous proposant un portfolio plus que fourni. Cultivant un style graphique ancré entre le trash héroic-fantasiesque et un glauque digital si particulier, il ne vous manquera pas de vous entraîner dans un univers sombre, décalé tout en dynamiques et en lignes tranchantes, qui nous rappellent la pâte de Bilal. Sa boulimie du dessin l’amena notamment à créer 1000 autoportraits en l’espace de trois ans, soit près d’une illustration par jour. 0,91 dessins par jour pour être plus précis… Bref, on aime, on en redemande, et on en fait notre wallpaper.
De vraies-fausses interfaces, pour les médias. Vous êtes-vous un jour demandé qui pouvait bien s’occuper de designer tous ces logiciels hyper complexes que les héros du cinéma et de télé semblent maitriser sur le bout des doigts ? Loin des systèmes d’exploitation du marché, on nous sert souvent dans les fictions de l’interface design futuriste, bourrée de schémas et de menus complexes. Si si, rappelez-vous : soft de sécurité, de surveillance satellite, ou de recherche de données, toutes ces images sont projetées sur des écrans géants dans des labos ultra-équipés. Souvent sujettes aux moqueries des initiés, certaines de ces interfaces sont pourtant réellement intéressantes. Tout le monde a d’ailleurs en tête l’excellente IHM que manipule Tom Cruise dans « Minority Report », ou le multi-touch exhibé dans le navet « The Island ». Et bien Mark Coleran en a fait sa spécialité. Ce graphic designer a imaginé et réalisé les fameuses images utilisées dans une petite tripotée de films. En plus du long métrage de Michael Bay, il a photoshopé AVP, Mr & Mrs Smith, Blade 2 ou encore Tomb Raider. On retrouve effectivement la patte de cet aficionado de potards animés sur fond noir et de rayons X à travers les travaux présentés sur cette vidéo. Ca ne transpire pas la simplicité, ça pullule de chiffres bizarres, mais vous avouerez que ça colle tout à fait au genre. Chapeau bas à ce designer de niche, qui fait un bras d’honneur à l’usability, tout en prenant son pied.
Innocence, flottements et érotisme. Difficile de parler d’une artiste lorsque son site ne contient pas un mot d’anglais. Je soupçonne néanmoins cette demoiselle de 25 ans, née à Tottori, d’être un nouveau talent de l’illustration nippone. A peine sortie de l’école, elle enchaine les expositions, multiplient les travaux, et dessine pour ce qui a tout l’air d’un roman à l’eau de rose (et à succès). Les jeunes filles, qu’elle dépeint avec sensualité et ambiguïté, sont justement à l’honneur dans ses oeuvres. Décors épurés, traits fins, pas une de ces héroïnes n’apparaît sans un kimono ou un uniforme de lycéenne. Une omniprésence du motif qui rappelle peut être certaines estampes, et habille un couple de jeunes filles froides et souvent dans l’attente, comme figées entre tradition et modernité. Ces femmes enfants évoquent d’ailleurs souvent l’imagerie érotique japonaise : innocence de la lolita, grossesse, interdits de la sexualité (et de l’homosexualité) reviennent ponctuellement, et choqueront sans doute les européens non avertis. Ce soupçon transgressif apporte néanmoins une noirceur qu’ont rarement les illustratrices qui composent dans le même registre graphique. Une originalité rare à découvrir absolument.