PAR PIERRICK THEBAULT 28.03.2008

regarde.orgSi sa francisation n’est pas encore clairement posée, le néologisme de Thomas Vander Wal1 désigne un des concepts fort du « web 2.0 ». Combinaison de « folk » (les gens) et de « taxonomy » (taxinomie), la « folksonomie » fait donc référence à un « système de classification décentralisée et spontanée »2. Véritable taxinomie populaire, elle permet aux internautes de qualifier librement l’information, à partir de termes qu’ils ont eux-mêmes définis. Emancipés de tout système de référencement hiérarchique, ils « taguent » photos, vidéos ou liens à l’aide d’un ou plusieurs mots clés qui ajoutent une couche sémantique (néanmoins subjective) aux différents documents. Simples d’utilisation, ces étiquettes numériques facilitent donc l’accès à une information indexée selon plusieurs descripteurs. Ces derniers apparaissent d’ailleurs souvent sous la forme d’un « nuage de tags », qui représente l’ensemble des mots clés utilisés par un individu ou un groupe de personnes et révèle les intérêts des usagers.

Sous jacente à la « folksonomie », la notion de partage rejoint évidemment la dynamique communautaire des nouvelles plateformes. Des sites comme Del.icio.us, Youtube ou Flickr mutualisent ainsi les classifications personnelles pour proposer une navigation par concept, permettant l’exploration intuitive des ressources connexes. Favorisant le rapprochement d’utilisateurs partageant des centres d’intérêts communs et l’émergence de multiples communautés, ce système rend possible l’accès à tous les documents annotés par d’autres membres du service. Naviguer de « tag » en « tag », à partir d’un descripteur commun permet d’ailleurs de faire des trouvailles imprévues ! Parfois fugace, cette navigation hypertextuelle exacerbée mène donc à une certaine forme de « sérendipité »3 pouvant être bénéfique à une démarche de recherche. Que ce soit en se « perdant » en visitant systématiquement les liens possibles ou en « zappant » de manière aléatoire les ressources proposées, il semble possible de trouver une information utile et inattendue.

Propice à la découverte et la recherche d’information, ce mode de classification collaboratif présente néanmoins plusieurs limites, évidemment liées à des problèmes syntaxiques et linguistiques. Basés sur une récurrence des « tags » identiques, les systèmes déployés peuvent par exemple difficilement gérer les singuliers/pluriels. Un document décrit avec une occurrence différente sera ainsi automatiquement discriminé lors d’une recherche malgré sa pertinence. A l’inverse, des ressources dont le contenu ne correspond pas aux attentes des usagers pourront émerger dans les résultats, du fait d’une étiquette polysémique. Au-delà des inconvénients, on retiendra de la « folksonomie » son caractère presque universel, immédiatement accessible aux internautes, néophytes comme experts, qui y trouveront un moyen d’organiser librement leurs ressources. Peu coûteux à mettre en place, le référencement et la navigation par « tags » constituent également une première étape dans la sémantisation du web, qui, couplée à une dynamique de mutualisation, contribue à la construction du savoir collectif.

Notes:
1 Architecte de l’information également à l’origine du terme « infocloud » (« nuage de tags »).
2 D’après la définition de Wikipédia.
3 Terme issu de l’anglais « seredenpity », formulé par Horace Walpole. C’est la « découverte, par chance ou par sagacité d’informations qu’on ne cherchait pas exactement ».

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