Aperçues à l’édition 2007 de Scopitone, les « coques de la ville » méritaient qu’on s’y attarde un peu plus. Son créateur, Gaëtan Robillard, nous éclaire sur sa démarche et nous démontre une nouvelle fois que son travail ne constitue en rien un loisir numérique ou un outil de visualisation, mais bien une Å“uvre d’art numérique à part entière. Place à l’entretien…
Gaëtan Robillard: Citypods, c’est un concept organique qui se développe à travers des continuités et des discontinuités. L’idée provient d’un regard sur la ville au sens de la dérive psycho-géographique, de la ville humeur, de la ville rumeur. En ce sens, Citypods est une morphopsychologie, une interface chimérique entre l’homme et son environnement, annexé aux rejets toxiques collectifs. C’est une traversée du nombre et du chaos, de la mesure et de la limite, mais aussi du temps réel, du temps machine… Pour résumer, Citypods est un branchement, un « plug », ou pour rester sur un langage numérique un « input/output ». Bref, un simulacre né du cinéma anxiogène de la culture de masse.

A Scopitone, on a pu voir un organisme évoluant en temps réel dans la modélisation d’une ville. Quelles technologies as tu mis en place pour arriver à ce résultat?
Scopitone 2007 ne fut à mon sens pas un contexte favorable pour présenter ce travail. On peut difficilement parler d’exposition d’art pour cet évènement, dont le but premier est d’attirer un maximum de public et de se garantir les subventions pour l’année suivante. J’ai cette impression d’un serpent qui se mort la queue, sans beaucoup d’attention pour le sens de l’exposition, mais on peut longuement en débattre. On en revient néanmoins à la question de la posture de la critique envers l’art numérique, qui mérite d’être posée. Pour l’instant, j’ai le sentiment qu’une partie de l’art numérique se laisse porter par cette forme de ghetto amnésique. ..
Concernant l’aspect technique, je me suis adressé à un jeune ingénieur Gabriel Guichet, passionné des phénomènes observés dans les trous noirs et des théories controversées des frères Bogdanoff autour de l’ère de Planck (avant le bigbang) ! Cela m’inspire beaucoup pour la suite de mon travail car je souhaite pouvoir provoquer des fascinations tout aussi invraisemblables. Je pense qu’avec à peu près n’importe quelle technologie, il est possible de se déplacer où l’on veut. Le reste, c’est de la curiosité, de l’énergie et des collaborations diverses. L’idée de la programmation en analogie à la littérature ou au cinéma, m’a aidé à composer mon scénario.
Quelles données récupères-tu pour alimenter ce dispositif?
J’ai travaillé avec l’organisme « Air Pays de la Loire » qui m’a permis d’accéder de manière spécifique aux fonctions sensibles de la ville de Nantes et du Mans. Je récupère ainsi des variations de taux de polluants (dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, etc…).
Cette application ne représente pourtant qu’une partie de ton installation. Peux-tu nous en dire plus?
Pour cela, il faut prêter l’attention aux ondes radio, à l’air du temps… J’ai inventé aussi une surface respirante qui vient hybrider l’architecture, c’est quelque part une chimère schizophrénique, car elle est une protection, voir même une forme thérapeutique qui nous invite à se synchroniser sur son rythme de respiration, mais en même temps, c’est une forme pesante, parfois agressive.
Faut-il voir cette visualisation de la contamination urbaine comme une sorte d’avertissement adressé au public?
Non absolument pas, ce travail ne se résoud en rien la question à partir d’une morale préventive. Si elle sensibilise, c’est qu’elle joue une zone de contact entre soi et l’échelle de la ville, et par analogie, nous fait prendre conscience que notre organisation sociale est un super organisme échangeant avec son milieu. La nuit des temps de Barjavel est un livre qui contient des visions incroyables sur l’évolution humaine, notamment sur la destitution de l’énergie électrique pour une énergie mue par la conscience collective.
Après avoir réalisé Synapsogrammes lors de l’édition 2006 de Scopitone, j’ai également découvert l’artiste Loris Gréaud, qui a lui aussi su soulever ces visions. A la même époque, ironie ou télépathie oblige, Daniel Perrier, un de mes très bons enseignants aux Beaux arts, composait avec lui le catalogue « DNEextEND » (prononcez “endextend”) dans lequel on retrouve cette question sur l’électricité. Il y a aussi une conversation radiophonique distante entre Radio France et ORF (Viennes) retranscrite dans le catalogue, entre Loris, Hans Ulrich Obrist et Antonin Zeilinger : « Téléportation ». Cette dernière est très amusante, il y a beaucoup d’incompréhensions entre l’artiste, le critique et le scientifique, mais aussi des bascules sur la pensée qui sont porteuses. Scopitone parait loin de ces expériences…
Pour revenir à Citypods, et comme je le disais plus haut, j’ai souhaité mettre en avant les ambiguïtés ou contradictions (entre fascination et inquiétudes) qui s’imposaient à moi. Il semble qu’aujourd’hui les scientifiques ne sont pas d’accord sur le refroidissement, ou réchauffement de la planète. On sait juste que ça change et que ça bouge, que notre environnement permute. Nous sommes doués d’un fort pouvoir d’invention, émergeant de la négociation entre des opposés. Nobel, avant de s’être résolu à léguer sa fortune pour l’institution du même nom, a inventé la dynamite puis la nitroglycérine…
Citypods contient ces contradictions, la pollution lui est bénéfique, il prend de l’ampleur avec elle et compose des dessins sans réfuter d’où il vient. Son activité dite de contamination est en ce sens une perturbation.
Le film eXistenZ t’a t’il inspiré dans la réalisation de ton propre “pod”?
Non pas vraiment pour ce travail, il était déjà trop tard dans mon processus de création pour qu’il m’inspire ici. Ce film est une vision intéressante, un saut dans le fantastique qui traite plus du rêve collectif et du jeu vidéo. Il y a aussi ce film, « Strange days », bien plus vieux, qui soulevait déjà la question d’une réalité différée dans laquelle on peut s’immerger. D’une manière plus générale, Cronenberg est une fabuleuse source d’inspiration, j’aime beaucoup ce cinéma.
Où pourra t-on voir l’oeuvre intégrale?
Il n’y a pas d’Å“uvre intégrale, ce sont des fragments, et je ne peux encore dire quand ils seront réactivés… Très récemment, j’ai transmis sur Jet FM une pièce radio titrée « L’observatoire d’Idylle », en collaboration avec l’artiste sonore Maud Coader. C’est aussi un prolongement de ce travail…
Pour en savoir plus:
mobitools
citypods.org
Pour être tout à fait franc, je n’ai pas compris grand chose à cette interview! Sans vouloir critiquer ton expression ou ta façon d’écrire Gaëtan, je pense que l’emploi de termes “compliqués” à outrances et d’expressions pompeuses fait tout sauf servir ton travail.
Non, les lecteurs de ce blog ne sont pas des abrutis, mais il faut savoir à un moment ou à un autre, adapter son discours afin que ton public te comprenne! L’élitisme dans l’art dessert ce dernier… Si tu limites ton travail à un cercle fermé de spécialistes et autres professionnels tu vas droit dans le mur.
Autre chose, je comprends que tu puisses être déçu par le côté “loisirs” que scopitone développe en marge des arts numériques, mais c’est nécessaire. Oui effectivement, ce n’est pas de l’art numérique à proprement parler, mais ça a le mérite d’attirer le public, de démocratiser et de faire évoluer certaines pratiques et certains travaux. Oui Scopitone attire du monde pour assurer les subventions mais préfèrerais tu qu’il n’y ai rien du tout?
Pour en revenir à Citypods, je n’ai franchement pas l’impression d’en avoir appris plus sur ce projet à la fin de cette interview. Tu nous parle énormément de ta démarche et tes sources d’inspiration, mais le contenu même du projet est quasiment absent, et mérite pourtant que l’on s’y attarde. Dommage que tu l’aies si mal mis en valeur ici…
Petite précision: l’idée de cette interview était avant de tout de poser un regard différent sur une oeuvre interactive, en l’occurrence ici en s’attardant sur la démarche de l’artiste…
Coup de pute (scopitone), coup de pub (mon prof et ses copains), coup de vent (phrases pompeuses). Au secours…
Bonjour,
Clément, si mon langage te paraît trop à l’emploi d’autre chose que mon travail, tu m’en vois ravis, je n’expose pas ici des explications mais bien un regard, et une ressource sur des extensions de ma démarche. Je ne fait pas ici la vente du projet Citypods, ni entrevois une aproche pédagogique destinée à ton aprentissage. j’ose espérer qu’on ne réduira pas l’idée d’un public à l’idée du vulgaire quidam qui ne connait rien à rien, et à qui surtout il faut absolument tout expliquer parceque Mr X est décidément vraiment trop c. pour comprendre notre travail de si haute voltige puisque tu le dit. Cela tient de la raison du commercial qui voit le monde ainsi, partagé entre ses collègues qui pensent comme lui, et les autres qui oui sont de sombres imbéciles bienheureux pour qui on se donne l’extrême et saint effort de conduire dans les voix radieuses de la grandiose consomation infantilisante. Qu’il est beau notre monde numérique, qu’il est lisse simple et gentil, ne vous ecombrez surtout de rien.
Corpodoc, merci pour ton esprit de synthèse et donc ta précieuse contribution démocratique.
pour les curieux:
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